Bebo Valdés
1951, dans le fameux club Tropicana de Santiago de Cuba, la danseuse Yolanda Montes danse aux sons de tambours africains. Alberto Aldura, le chef d’orchestre se tourne vers son pianiste et lui demande de composer une musique qui puisse faire le lien entre l’Afrique et Cuba. C’est ainsi que Bebo Valdés invente la batanga. Musicien complet, Bebo a étudié la composition et l’harmonie, assimilé le jazz et les rythmes africains. Il a joué avec Benny Moré, Cachao ou Joséphine Baker, travaillé à la radio et dans les plus grands orchestres de l’île. Il a largement contribué à la popularisation de la comparsa, du mambo et bien d’autres rythmes typiquement cubains. Ses talents de compositeur et d’interprète l’ont amené à voyager à travers le monde et à confronter son art aux musiques espagnoles ou française. Aujourd’hui il cite volontiers Manuel de Falla ou Claude Debussy comme ses compositeurs favoris.
1963 le régime castriste lui met des battons dans les roues, les incessants contrôles policiers l’exaspèrent et lorsque à l’occasion d’un voyage à Stockholm il croise les beaux yeux d’une Suédoise, sa décision est prise il quitte l’île et épouse la jeune femme. Pendant 30 ans l’un des fleurons de la musique cubaine se fait oublier. Il se consacre à sa famille ses deux filles et son fils Chucho qui suivra ses traces et fondera plus tard Irakere. Pour gagner sa vie Bebo joue du piano dans de grands hôtels.
1994 sur un coup de téléphone du clarinettiste Paquito D’Rivera, Bebo se retrouve en Allemagne pour enregistrer Bebo Rides Again une collection de classiques cubains et de ses propres compositions. A 76 ans il commence une nouvelle carrière. Deux ans plus tard Bebo devait enregistrer Lagrimas Negras avec Cachao mais sa rencontre avec Fernando Trueba devait changer le projet de fond en comble. Le réalisateur de Calle 54 fit entendre les bandes à l’étoile montante du flamenco Diego el Cigala qui en tombe amoureux. Une rencontre est organisée et la magie entre les deux hommes est telle qu’ils décident de réaliser un album entier dans lequel le piano du maître cubain et le chant profond du cantaor madrilène s’épousent et s’embellissent l’un l’autre. Ce disque est un tel succès critique et public qu’il leur ouvre les portes des plus grandes salles internationales et permet à Bebo d’enregistrer son album le plus ambitieux. Bebo de Cuba réunit deux grandes fresques composé par le pianiste et interprété en compagnie d’un big band. La première « el Solar de Bebo », évoque les quartiers populaires de son enfance et mélangent ballades et descargas. La seconde « Suite Cubana » combine, mambos, bembés et sones et permet à Bebo Valdés de rendre hommage à sa famille et à sa regrettée terre natale.
Benjamin MiNiMuM
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